La vie des bords de Rance sera marquée par une adaptation au fleuve et à sa richesse (engrais, pêche) ainsi qu’au commerce qui y transite.
La Rance procure une voie de communication vers les villes côtières.

Les riverains de la Rance vivaient autrefois de l’agriculture et de la pêche. Pêcheurs professionnels, ils embarquaient à bord d’une multitude de navires, canots, bateaux-carrelets du Chatelier, gabares, chalands…
Nombre d’entreprises de constructions navales, certaines aujourd’hui disparues, se sont installées le long de l’estuaire, construisant des bateaux liés à l’activité économique locale. Parmi ces bateaux, on trouve les gabares de Pleudihen -sur-Rance qui étaient chargés de l’approvisionnement en fagots vers Saint-Malo.
Le bois provenait des forêts voisines de Coëtquen, du Mesnil ou de Tanouam et était stocké sur les rives de l’estuaire constituant des montagnes de bois.. Les fagots s’entassaient sur les Bas-Champs, à Mordreuc ou au Lyvet.
Les chantiers navals ne manquaient pas d’activités sur ces rives par ailleurs réputées pour la pêche au carrelet ou pour ses moulins à marée.
Les constructions navales ont participé au développement de la Rance. Ainsi, à l’anse du Montmarin, Benjamin Dubois créa un chantier où 1200 ouvriers construisaient jusqu’à la révolution des paquebots, navires de guerre et marchands. En 1813, un moulin mit fin à la construction lourde en barrant l’anse.
Il est à noter que Benjamin Dubois fut le premier à établir une ligne régulière entre la France et l’Amérique.
A l’anse de la Landriais, au Minihic, le premier bateau fut construit en 1764, un brigantin de 60 tonneaux. En 1850, elle compte 16 chantiers. Les 2/3 des habitants du Minihic y travaillaient. La bisquine y était construite avec des gabares et autres bateaux à fond plats.
En 1850, François Lemarchand, capitaine au long cours, en prend la direction. La demande croissante de réparation de navires était liée au développement de la grande pêche à Terre-Neuve. François Lemarchand fait construire en 1908 devant ses chantiers, sur l’estran , une cale sèche en bois, prenant l’aspect d’une coque de navire de 45m de long. Elle sera mise en service autour de 1910 et est à l’époque la seule cale sèche existante entre Brest et Cherbourg.

Les habitants étaient souvent des « sans-le-sou », petites gens à pêcher le lançon à bord de chippes, des « chevrettes », des coquillages, des margates….
Le goémon ramassé servait à fertiliser les champs. Ce peuple de marins agriculteurs s’établit en de nombreux villages le long de l’estuaire.
Les terres situées autour de la Rance ont toujours été très fertiles, grâce aux ´engrais de mer ´ appelés aussi ´les marres ´. Ce sont des sédiments extraits depuis toujours de l’estuaire, servant d’amendement calcaire qui corrigeait l’acidité naturelle des sols. Au siècle dernier, il y eut de nombreux conflits d’usage à propos de ces vases. Le transport des marres par bateau fut utilisé pour remonter plus haut dans les terres (Caroline et Christian Daché).
Durant des siècles, la Rance fut le berceau de générations de marins embarquant à la grande pêche de Terre-Neuve

Dès le début du XVIe siècle, des équipages Bretons se rendent discrètement à Terre-Neuve avant que l’existence de zones miraculeuses de pêche ne s’ebruite.
Ainsi, le premier bateau à partir pour Terre-Neuve est parti de Plouer. En 1900, Plouer comptait 400 marins. Les plus gros navires de pêche armés à Saint-Malo atteignaient jusqu’à 400 tonneaux et permettaient à un équipage de trois hommes d’aller pêcher à partir de la côte. Les marins paysans étaient recrutés pour une saison de 6 à 7 mois. Les femmes assuraient le travail dans les champs. À l’apogée de la pêche à la voile à Terre-Neuve, marins et Doris se rendaient sur les bancs, appelés Terre-Neuviers. Les lourdes chaloupes sont ensuite remplacées par des doris.
Chaque navire possédait une vingtaine de ces embarcations prévues pour deux hommes (un patron et un avant). Les Doris étaient voués à la pêche à la morue qu’ils rejoignaient sur de plus imposantes goélettes. Originaires de la côte est des Etats-Unis, ils ont été choisis et adaptés pour être empilables sur le pont des voiliers.
De nombreux monuments religieux furent édifiés pour assurer la protection divine des pêcheurs. Ainsi, l’oratoire de Grainfollet et les superbes vitraux de l’église de Saint-Suliac attestent de ce passé.
La chapelle de La Souhaitier était le lieu de pèlerinage obligé des marins revenant des grandes pêches. Ils venaient y prier pour implorer la protection de la Vierge avant d’embarquer pour les bans.
Puis les morues se firent de plus en plus rares, ce lié à la sur pêche, ce qui rendit les campagnes moins rentables. La pêche à Terre-Neuve disparut peu à peu avant la Seconde Guerre mondiale.
L’île aux moines, autrefois appelée ´l’îlot Notre-Dame ´ était jadis occupé par des solitaires qui entretenaient un feu pour guider les chalands du fleuve. Ils sonnaient la cloche par temps de brume. Ensuite occupée par des ermites de l’ordre de St-Antoine, à la fin du XVII siècle, la tradition fut poursuivie et des feux étaient allumés la nuit pour guider les gabares et les chalands (no 3 de l’écho de la Cohue du Pays de Pleurtuit en Poudouvre).

Les gabariers et bateliers ne manquaient pas de les remercier par des dons en nature.

Les malouinières des bords de Rance sont le symbole de la prospérité du commerce et des activités corsaires, les capitaines et armateurs. Ces messieurs de Saint-Malo, recherchant le calme, ont fait construire ces demeures. Ces vastes propriétés ressemblant à des manoirs blanchis à la chaux, sont situés dans l’arrière-pays malouin, ´le clos Poulet’. Les armateurs y accumulaient des trésors rapportés des Indes ou de l’Amerique. Aujourd’hui certaines ont disparu. On peut apercevoir sur les bords de Rance les malouinières du Bos à La Passagère et de Montmarin à Pleurtuit.
Le long de l’estuaire, on aperçoit…
La Passagère abrita la villa du Commandant Charcot (1867-1936), chercheur et océanographe, explorateur Polaire à bord des ´Pourquoi Pas II et IV et du Français (1903).
L’écluse du Chatelier fut réalisée pour les besoins de la réalisation du canal d’Ille et Rance, pour contrer le blocus Anglais. Elle fut commencée dés 1804 et sera inaugurée en 1832. Si le canal et ses écluses ont perdu leur vocation commerciale, les bateaux de plaisance sont encore nombreux à fréquenter les lieux, conditionnés par la hauteur des marées.
Le vieux pont de Lessard fut construit par Gustave Eiffel en 1879 et détruit en 1944. Il permettait au chemin de fer de relier la Normandie à la Bretagne.

Le pont Chateaubriand est venu seconder en 1991 le vieux pont qui reliait La Ville es Nonais à Plouer sur Rance, le pont Saint-Hubert, depuis 1928. Comme nombre d’ouvrages de la région, le pont St-Hubert fut particulièrement détruit lors de la Seconde Guerre mondiale par les bombardements alliés.
Les moulins à marée sont les témoins d’une domestication des éléments naturels, tirant profit du marnage important de l’estuaire. Ils sont aujourd’hui les vestiges du rôle de la Rance pour les populations passées. Ils servaient au moulage des céréales. Le travail des meuniers dépendait des horaires et amplitudes des marées. On en recense une quinzaine le long de l’estuaire, certains encore visibles, d’autres en ruines. Le moulin du Prat à La Vicomté-sur-Rance a été rénové aujourd’hui à l’identique.

Dès le début du XXe siècle, les ingénieurs Français se penchent sur les vertus de l’énergie hydraulique. Du fait de l’amplitude importante des marées, l’estuaire de la Rance fut choisi comme site privilégié. Les travaux du barrage de la Rance sont lancées en 1961. En 1963, l’estuaire est entièrement isolé et partiellement asséché pour permettre la construction de l’ouvrage.
Le barrage de la Rance, sur lequel l’usine marémotrice est installée, est inauguré en novembre 1966 par le Général De Gaulle. Si l’usine marémotrice produit assez d’électricité pour alimenter une ville comme Rennes, son régime artificiel de marées a considérablement impacté l’écosystème de la Rance et a engendré un problème de surenvasement de l’estuaire.

Groupement d’achat 2024: La Rance s’anime !
Cette petite histoire de Rance sert simplement à retracer l’attachement des habitants à leurs traditions et à leur territoire maritime.
Cette appartenance est bien visible à travers les fêtes maritimes au long de l’estuaire, témoignage d’un art de vivre, toujours vivant qui perdure et attire riverains et touristes. Ainsi la fête des Doris, la route du cidre, la fête des Copeaux, les Pardons de la Souhaitier et de la Miette.
Des passionnés se regroupent autour de bateaux traditionnels, tels que la Chippe, la Pilotine, les macrotiers et bien entendu les gabares qui vont revivre sur notre bel estuaire grâce au Glaz Project.